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Cinéma 12 février 2026

Critique : 'Send Help' – Quand Sam Raimi nous lâche sur une île maudite

Prenez votre café, installez-vous confortablement et vérifiez bien que votre gilet de sauvetage est à portée de main. Chez CinéMatin, on aime les films qui secouent, qui dérangent, mais qui n'oublient jamais de nous divertir. Aujourd'hui, on s'attaque à un très gros morceau : le grand retour de Sam Raimi à l'horreur pure (teintée de cet humour noir qui le caractérise tant) avec Send Help. Porté par un duo aussi inattendu qu'explosif composé de Rachel McAdams et Dylan O'Brien, ce thriller insulaire tient-il toutes ses promesses ? On l'a vu, on a sursauté, on a ri (parfois nerveusement), et voici notre critique franche et sans filtre.

Critique : 'Send Help' – Quand Sam Raimi nous lâche sur une île maudite

🏝️ Un huis clos à ciel ouvert : Le postulat de départ

Sur le papier, l'idée de Send Help est d'une efficacité redoutable, rappelant les grandes heures du thriller horrifique des années 90, avec une touche de modernité cynique. Le film nous plonge dans le cauchemar éveillé de deux employés d'une multinationale toxique, perdus au milieu de nulle part après le crash de leur jet privé. Pas de réseau, pas de secours en vue, et surtout, l'étrange sensation que l'île sur laquelle ils ont échoué n'est pas tout à fait déserte.

Le scénario, qui flirte allègrement avec le concept de "Misery rencontre Seul au monde", ne perd pas de temps en expositions interminables. En moins de quinze minutes, le décor est planté, les enjeux sont posés, et la machine infernale de Sam Raimi se met en branle. C'est là que le talent du réalisateur frappe : réussir à créer un sentiment d'étouffement insupportable alors même que les personnages sont entourés par l'immensité de l'océan et de la jungle. La menace n'est pas seulement surnaturelle (ou l'est-elle vraiment ? Le film s'amuse brillamment de nos doutes), elle est aussi psychologique, exacerbée par la dynamique explosive entre les deux survivants.

🎬 Le retour flamboyant du maître Sam Raimi

Si vous aviez peur que ses escapades chez Marvel (avec Doctor Strange in the Multiverse of Madness ou la trilogie originale de Spider-Man) aient assagi le créateur d'Evil Dead, rassurez-vous immédiatement. Sam Raimi est en pleine forme et semble s'amuser comme un petit fou. Dès les premières scènes de tension nocturne, on retrouve cette grammaire visuelle qui n'appartient qu'à lui.

Les travellings frénétiques à la première personne, les dutch angles (plans débullés) vertigineux, les gros plans extrêmes sur des regards terrorisés... Tout y est ! Raimi maîtrise l'art du slapstick horrifique – ce mélange si particulier d'horreur pure et de comédie burlesque – avec une maestria intacte. Il n'hésite pas à malmener ses personnages physiquement et mentalement, nous offrant des séquences d'une brutalité jubilatoire. Toutefois, le film sait aussi ralentir le rythme pour installer un vrai malaise. La conception sonore, étouffante, fait de chaque craquement de branche ou de chaque bruit de vague une source potentielle de terreur. C'est du grand artisanat, généreux et diablement efficace.

⭐ L'impériale Rachel McAdams dans un rôle à contre-emploi

Mais la plus grande surprise de Send Help réside sans aucun doute dans son casting. En tête d'affiche, on retrouve une Rachel McAdams absolument transcendante. Souvent cantonnée (à tort) aux drames romantiques, aux comédies ou aux rôles de faire-valoir de luxe, elle prouve ici qu'elle possède une palette dramatique et physique fascinante.

Elle incarne une cadre supérieure névrosée, cynique, habituée à tout contrôler depuis son bureau climatisé, soudainement confrontée à la brutalité de la nature et de l'isolement. Sa transformation à l'écran est phénoménale. Loin de l'archétype de la "demoiselle en détresse", elle devient rapidement le moteur narratif du film. McAdams apporte une nuance incroyable à son personnage : elle est agaçante, pathétique, puis incroyablement tenace et, au final, profondément humaine. Ses ruptures de ton, passant de la terreur absolue à une rage froide et sarcastique, sont un régal. Elle porte littéralement le film sur ses épaules (parfois en sang) et rappelle, si besoin en était, qu'elle est l'une des actrices les plus sous-exploitées d'Hollywood dans ce registre de genre.

💥 Dylan O'Brien : Une maturité impressionnante

Face à elle, Dylan O'Brien confirme qu'il a définitivement tourné la page de ses années de teen-movies (Le Labyrinthe, Teen Wolf). Dans le rôle du subordonné dépassé par les événements, il aurait été facile de sombrer dans la caricature du jeune lâche ou du héros malgré lui. Mais O'Brien opte pour une approche beaucoup plus organique et viscérale.

L'alchimie entre les deux acteurs est le véritable ciment du long-métrage. Là où le scénario aurait pu s'embourber dans la répétition, les joutes verbales entre McAdams et O'Brien dynamisent le récit. O'Brien excelle dans l'interprétation de la panique : son regard, sa gestuelle corporelle traduisent une perte de repères totale. Son personnage encaisse les chocs (au sens propre comme au figuré) avec une intensité qui force le respect. Il devient le parfait contrepoids aux névroses de sa partenaire, et leur relation évolue de manière surprenante, évitant intelligemment les clichés amoureux pour se concentrer sur une dépendance toxique et indispensable à la survie.

⚖️ Notre verdict franc : Une réussite, malgré quelques fausses notes

Pour être tout à fait franc, Send Help n'est pas exempt de défauts. Le ventre mou du film, typique de ce genre de huis clos, se fait légèrement sentir au début du troisième acte. Sam Raimi s'emballe un peu et la tension psychologique laisse parfois trop de place à un déferlement d'effets visuels pas toujours impeccables. Certains puristes de l'horreur premier degré reprocheront peut-être au film son basculement assumé vers la farce noire dans sa dernière demi-heure, désamorçant une partie de la peur viscérale instaurée au début.

Cependant, bouder son plaisir serait une erreur. Dans un paysage hollywoodien souvent aseptisé, un film de genre aussi méchant, drôle et assumé fait un bien fou. Send Help est un tour de montagnes russes cradingue et délicieusement cynique. Il confirme le talent intemporel de Raimi pour l'iconographie pop-horrifique et offre à Rachel McAdams et Dylan O'Brien deux de leurs meilleurs rôles à ce jour.

🎬 En résumé... Faut-il aller le voir ?

Un immense OUI. Si vous avez le cœur bien accroché et que l'humour noir ne vous effraie pas, foncez. C'est le genre de film qu'il faut découvrir dans une salle de cinéma remplie, pour partager les sursauts et les éclats de rire coupables avec les autres spectateurs. Une expérience immersive, cruelle et follement divertissante.

Notre note : 4/5 ⭐️

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